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Ce qui renaît chaque matin

  • Claude Gauthier
  • 18 nov. 2025
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 9 janv.


Préface

Dans la démarche quotidienne de Jean-Marie Mino, il y a quelque chose qui dépasse l’habitude pour toucher au domaine du combat intérieur. Son ascension quotidienn du Mont Royal devient l’affirmation paisible d’une existence qui se prend en main, qui refuse la passivité et qui choisit la présence plutôt que le repli. Cette répétition n’a rien d’automatique : elle procède d’une introspection patiente, d’une force douce, d’un dialogue silencieux entre le corps et l’esprit.

Jean-Marie a transformé cette démarche en un projet photographique: chaque jour, au même endroit, il capte une scène de la nature, toujours la même. Comme phographe, j'ai immédiatement reconnu la valeur artistique et symbolique de cette démarche.

À l’image du cycle de la vie, chaque jour offre un poème renouvelé. Les saisons réinventent le paysage, la lumière redessine les contours, et Jean-Marie accueille ces infimes variations avec une attention presque rituelle. Il ne s’agit ni d’exploit ni de performance, mais d’un épanouissement discret, humble, où la constance devient une forme de liberté. C’est aussi un combat corporel qu’il lui faut mener, un effort qu’il s’impose malgré la douleur, les contraintes du quotidien et l’appel insidieux de l’inertie.

 

Pour Jean-Marie, la persévérance se transforme en poésie, une poésie qu’il transmet à travers ses photographies, où la nature reflète, au fil des saisons, ce dialogue entre résilience, patience et lumière.

 

Claude Gauthier



Le temps à l’épreuve du regard

Chaque matin, Jean-Marie quitte sa maison de la rue Mentana et s’engage dans la même ascension. Pas après pas, il gravit le Mont Royal, que la neige alourdisse les branches ou que la lumière d’été dore la cime des érables. Pendant 2140 jours consécutifs, il a répété ce geste, sans calcul ni ostentation. Ce n’est pas un exploit sportif, mais une discipline du regard. Pour lui, marcher, c'est respirer au rythme du monde, laisser le souffle s’accorder au murmure de la montagne.

Au sommet, il poursuit son chemin vers le lac des Castors. Là, toujours au même endroit, il lève son appareil. Une photo, toujours la même, mais jamais identique. Les saisons glissent sur l’image, la lumière se déplace, les ombres dansent. Ce qu’il capture, ce n’est pas le paysage, mais le moment fragile où le réel se transforme en perception.

Chaque déclenchement est une méditation, une façon d’apprendre à voir le même autrement.

La photographie devient ici un art du recommencement. Comme chez Michael Kenna ou Hiroshi Sugimoto, la répétition révèle la profondeur du temps. Ce qui se répète n’est pas banal : c’est le monde lui-même, toujours semblable, toujours nouveau. Le cadrage fixe devient un point d’ancrage autour duquel se déploient les métamorphoses de la lumière. La constance du geste ouvre la porte à l’infini des variations.

Mais derrière ce rituel visuel se cache une autre histoire: celle du corps et de sa résistance. Car chaque montée demande un effort. Les muscles protestent, les genoux rappellent leur fragilité, le souffle se fait plus court. Pourtant, Jean-Marie continue. Ce parcours quotidien devient un acte de résilience, une manière de demeurer présent au monde. La marche est prière, la photo est preuve. Preuve qu’il est là, encore, face à la beauté changeante du jour.

Au fil des années, la série s’est transformée en œuvre: 2140 images d’un même lieu, 2140 façons de capter la lumière. Ce corpus compose une sorte de journal de la constance, une écriture photographique où chaque cliché devient une syllabe d’un long poème silencieux. Le Mont Royal, dans ce contexte, n’est plus un simple relief de pierre et d’arbres : il devient un territoire intérieur, un espace de dialogue entre l’homme et le temps.

La démarche de Jean-Marie touche par sa simplicité et sa persévérance. Elle rappelle que l’art naît parfois non du spectaculaire, mais de la fidélité à un geste humble et répété. En photographiant le même paysage chaque jour, il ne cherche pas à capturer la nature, mais à entrer en relation avec elle, à reconnaître sa propre existence dans le rythme des saisons. Le paysage devient miroir, la montagne devient maître.



Commentaires de Jean-Marie Mino

Je connais Claude Gauthier depuis 2010.


Il m’a aimablement prêté une place dans son site dans lequel il raconte mon histoire avec poésie et agence les images avec harmonie.En avril 2017 j’ai été percuté par un véhicule alors que je traversais un passage piéton : J’ai eu la cheville de cassée et le cartilage du genou comprimé. Deux opérations ont été effectuées.


Hélas, la même année, j’ai eu une rupture de la veine alimentant le cerveau me laissant hémiplégique.


Évidemment j’étais prêt à faire l’impossible pour ne pas rester dans cet état là. Finalement j’ai récupéré toutes mes fonctions et pour cela je tiens à remercier les équipes médicales qui par leurs exercices m’ont permis de retrouver mes pleines capacités. 


Ayant toujours aimé marcher, j’ai décidé de parcourir le Mont Royal en suivant le chemin Chemin Olmsted, chaque jour , tôt le matin. Avant d’arriver au lac des castors, je m’arrête pour prendre la même photo.


C’est un voyage dans le passé d’au moins sept ans. 



Ce qui renaît chaque matin

Pour visionner les photos: suivre ces liens:


de la période du 17 novembre 2024 au 7 novembre 2025,

présentées en ordre chronologique

pour leur couleur, lumière, pour des conditions météorologiques particulières

Pendant la période entre mai 2023 à juin 2024

Présentées en ordre chronologique

Commentaires


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