L’art de Runhild Röder
- Claude Gauthier
- il y a 2 jours
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Dernière mise à jour : il y a 1 jour
Voici une brève interprétation de l’art de Röder, sur la base de trois tableaux que j’ai observés lors de ma visite de son espace d’entreposage. Je crois que ces trois œuvres permettent d’établir une base conceptuelle qui aident à comprendre son art. Röder présente le corps comme un terrain de révolte expressionniste.
Une tension fondamentale : l'académisme contre l'incarnation
Ce qui saute aux yeux, c'est la récurrence du mot « Académie » (ou « Académici ») inscrit directement sur la toile, comme un graffiti sur un mur. Ce n'est pas une signature décorative, c'est une critique inscrite dans la matière. Röder semble situer son travail dans un rapport de tension avec l'académisme classique, cette tradition de la représentation anatomiquement correcte, de la perspective, de la « belle facture ». Ses figures sont délibérément « mal faites » : les proportions sont volontairement faussées, les membres s'étirent ou se tordent, les visages sont réduits à des traits essentiels. L'académie est évoquée pour être dépassée, voire piétinée par la gestualité.
Les trois œuvres tournent autour du corps humain, mais d'un corps déstabilisé.



On est très proche de ce que le critique montréalais Henri Lehman a vu en elle : une filiation avec l'expressionnisme européen, et notamment avec la tendance Cobra (Appel, Alechinsky), cette manière de mêler figuration archaïque, couleur vive et geste libéré.
La philosophie dans la matière
Röder n'est pas seulement peintre, elle est philosophe et a approfondi les études religieuses. Cela se lit dans son traitement de la matière : elle ne cherche pas la surface lisse, mais la trace, l'empreinte. Les coups de pinceau sont épais, parfois hachés, les contours au crayon ou au fusain restent visibles sous la peinture, comme si l'œuvre conservait la mémoire de son élaboration.
C'est une esthétique de la présence plutôt que de la représentation. Le corps n'est pas montré, il est incarné dans la toile.
L'ironie et la fragilité
L'inscription « yellow mistakes » sur la toile jaune est révélatrice. Elle introduit une dimension autoréflexive et ironique : l'erreur n'est pas cachée, elle est exhibée, même célébrée. La couleur jaune, éclatante et instable, devient le symbole de cette imperfection assumée. C'est l'anti-académisme poussé à son paroxysme : non seulement on ne cherche pas la perfection technique, mais on affiche le « raté » comme valeur esthétique.
En résumé
L'art de Runhild Röder me paraît être une philosophie du corps par la peinture : un corps qui résiste à la géométrie classique, qui s'exprime par la couleur brute et le geste déchiré, et qui porte en lui les traces d'une réflexion sur les origines de la représentation. Elle se situe à la croisée de l'expressionnisme allemand, de l'art brut et d'une certaine spiritualité de la matière, celle d'une artiste qui a consacré sa vie à faire cohabiter l'art contemporain occidental et les formes les plus archaïques de l'expression humaine.



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