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La Maison Walter-Marriage, 2070-2072 rue Jeanne-Mance, Montréal

  • Claude Gauthier
  • 26 mars 2024
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 24 heures

Facade, 2070-2072 Jeanne-Mance, jour d'hiver, neige,Claude Gauthier
Facade, 2070-2072 Jeanne-Mance, un jour d'hiver

Identité et statut patrimonial

La maison Walter-Marriage est inscrite au Registre du patrimoine culturel du Québec. Elle a été classée immeuble patrimonial le 14 mars 1977 par le Ministre de la Culture et des Communications, avec la catégorie de conservation « Extérieur exceptionnel ». Une aire de protection a ensuite été décrétée le 19 février 1979.


Ce que l’on sait de Walter Marriage

La réponse courte est : très peu de choses. Les archives patrimoniales ne lui consacrent aucune notice biographique détaillée. Seule la fiche du Répertoire du patrimoine culturel du Québec le mentionne, en une seule phrase : la maison a été érigée en 1889 et était destinée au commis voyageur dont elle porte le nom.


C’est donc son métier et son nom, tous deux attachés à cette maison, qui constituent l’essentiel de ce qui est documenté publiquement à son sujet.


Ce que son nom et son époque nous disent

Le nom Marriage est un patronyme d’origine anglo-saxonne, courant en Angleterre et dans les communautés anglophones du Canada du XIXe siècle. Sa présence dans le quartier de la rue Jeanne-Mance à la fin des années 1880 l’inscrit dans le contexte de la bourgeoisie marchande anglophone de Montréal, qui dominait une grande partie de la vie économique de la ville à cette époque.


Son titre de commis voyageur (c’est-à-dire représentant de commerce itinérant) est révélateur : au XIXe siècle, ce métier était considéré comme honorable et lucratif, associé à la classe moyenne commerçante en plein essor. Le fait qu’il ait pu s’offrir une maison victorienne en rangée dans ce secteur prisé, conçue par des architectes bien établis à Montréal, soit Alexander Cowper Hutchison, Alexander Francis Dunlop et William McLea Walbank, témoigne d’une certaine aisance financière.


Construction et histoire de la résidence Jeanne Mance

La maison a été érigée en 1889 et était destinée au commis voyageur dont elle porte le nom, Walter Marriage. Elle s’inscrit dans une enfilade de résidences contiguës ou mitoyennes, typique du paysage montréalais de cette époque.


L’ensemble de seize demeures auquel elle appartient a été bâti entre 1886 et 1890, du côté ouest de la rue Jeanne-Mance, dans la portion comprise entre la rue Sherbrooke et l’actuelle avenue du Président-Kennedy, sur des terres acquises de la succession de George Platt.


Les architectes

Trois architectes bien établis à Montréal ont participé à la réalisation de l’ensemble : Alexander Cowper Hutchison (1838–1922), Alexander Francis Dunlop (1842–1923) et William McLea Walbank (1856–1909).


2070-2072 Jeanne Mance, rue Jeanne Mance, journée d'hiver
La rue Jeanne Mance, devant la résidence au 2070-2072 par un grand froid d'hiver

Description architecturale

La maison Walter-Marriage est une habitation en rangée de style victorien, autrefois bifamiliale. La façade à parement en pierre de taille à bossage compte quatre étages, incluant le soubassement dégagé et le toit en fausse mansarde couvert d’ardoise, et se divise en trois travées couronnées de lucarnes.


La travée centrale présente un oriel à pans coupés aux deux premiers étages, surmonté d’un balcon à balustrade en fer forgé. Chacune des travées latérales comprend une entrée principale au sommet d’un escalier droit menant au rez-de-chaussée surélevé. L’ornementation est assurée par des éléments en pierre de taille lisse (bandeaux, premier étage de l’oriel et chambranles) ainsi que par des éléments menuisés (corniches de l’oriel, du toit et chambranles des lucarnes).


Valeur patrimoniale

La maison présente un intérêt patrimonial pour sa valeur architecturale : elle est typique des résidences victoriennes en rangée érigées à Montréal pour les familles aisées, qui constituaient un substitut aux grandes résidences individuelles devenues trop coûteuses en raison du prix des terrains. Ces demeures bourgeoises, habituellement conçues par des architectes, possèdent une ornementation élaborée empruntant à plusieurs courants de l’architecture victorienne.


Le traitement différent des étages correspond à la fonctionnalité intérieure d’origine, caractéristique des demeures bourgeoises victoriennes : le soubassement abritait les services (cuisine, porte secondaire), le rez-de-chaussée et l’étage supérieur étaient occupés par la famille propriétaire, et les combles logeaient vraisemblablement les domestiques.


Sauvetage d’une démolition

Au fil des ans, les maisons ont été transformées en logements pouvant accueillir de deux à quatre locataires. Un projet immobilier qui aurait mené à la démolition de l’ensemble a été interrompu par le classement individuel, en 1975, d’une maison et de neuf façades, dont celle de la maison Walter-Marriage. Les autres façades ont été classées deux ans plus tard. La protection de façades uniquement était une première au Québec, sinon au Canada. Ce geste a assuré la sauvegarde du dernier groupe d’habitations de ce type dans le secteur du centre-ville, au sud de la rue Sherbrooke et à l’ouest de la rue Saint-Laurent.


Intersection Jeanne-Mance et Président Kennedy, neige. Claude Gauthier
Intersection Jeanne-Mance et Président Kennedy, après une chûte de neige

Restauration et situation actuelle

En 1977, la SCHL (Société canadienne d’hypothèque et de logement) a acquis quatorze des seize maisons. Leur restauration, réalisée vers 1977, a été confiée à l’architecte Michael Fish et à Ian Fairlie, étudiant en architecture.


Aujourd’hui, une partie de l’ensemble est une coopérative d’habitation, tandis que les autres résidences demeurent des propriétés individuelles.


La maison Walter-Marriage est donc bien plus qu’une simple adresse : c’est une pièce maîtresse d’un ensemble victorien unique à Montréal, dont la préservation a marqué un tournant dans la protection du patrimoine bâti au Québec et au Canada.


Références Jeanne Mance

 
 
 

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